Très beau film .
Au point de vue des thèmes abordés (échange culturel,les rites guerriers comme mode de vie,l'éternel modernisme à l'occidental qui se construit sur les dépouilles des peuples et des cultures traditionnels ...),
le Dernier Samourai se rapproche beaucoup du
Treizième Guerrier par exemple(par les intentions déjà) , ou de
Danse avec les loups (sans la grace divine du film de Costner);dans la forme Zwick reste fidèle à la ligne de conduite observée dans
Glory ou le superbe
Légendes d'automne :un subtil et élégant alliage de romanesque et d'émotions et une constante approche esthètisante .
A partir de là on aime ou on aime pas :les pragmatiques s'ennuyeront pendant les (longues)pauses de méditation contemplative (j'exagère un peu) ,attendront les batailles et compteront les morts, soulevant incohérences ,et non-sens...comptables;les anti-ricains primaires souvent associés aux défenseurs acharnés de l'exception culturelle se lamenteront une nouvelle fois d'une approche à l'occidentale(pire à la Hollywood!) du film de sabres,du code des samourais,de l'histoire japonaise ;enfin les romantiques (dont je fais partie )qui étaient déjà au bord des larmes quand Brad Pitt revenait au pays entouré d'une cohorte de chevaux ,flaneront avec un plaisir certain.
Moins une reconstitution ,parfois impressionante cela dit (le port de Yokohama,ou les ruelles) qu'une vision sublimée largement poétique ,l'histoire du film se déroule dans le contexte pourtant précis et décisif de la révolution Meiji (époque d'ouverture à l'occident marqué par la fin des régimes féodaux séculaires,et le shogunat des samourais),contexte historique qu'il ne traite finalement qu' accessoirement car sa vérité est ailleurs.
Le récit est celui éternel de l'honneur,de l'amitié,du sacrifiçe ,l'éternel combat des braves contre …les autres .
Principes manichéens,les occidentaux et occidentalisés sont cupides et laids,les samourais beaux et fiers ,les uns utilisent l'argent et les machines,les autres utilisent un savoir et des rituels ancestraux .,les uns pensent à un avenir doré ,les autres s'appuyent sur un passé glorieux .
Alors le combat est perdu d'avançe,tout le monde en a conscience mais le but est de savoir comment on partira .
Le thème a mainte et maintes fois été abordé,mais puisque cela est bien ouvragé ,pourquoi pas ?
Zwick se fait remarquable conteur et fin filmeur,et mêle costumes et paysages sublimes à des combats dantesques (aussi violents que visuels),dans une élegante (mais vigoureuse) chorégraphie .
Bien sur exercice romanesque oblige ,on sait très tôt ce qu'il adviendra des personnages,mais cela ne les empeche d'être bien interprétés.
Tom Cruise est magnifique, dans un rôle taillé sur mesure certes, mais quand même,en soldat désabusé rongé par l'alcool jusqu'à son réveil à la vie ,il dégage un sacré charisme ,;mais il n'est pas loin de se faire voler la vedette par un chef-samourai (K.Wtanabe ) à la stature et l'allure très impressionnante .
La bataille final est un monument épique ,qui si elle ne rejoindra bien sur pas dans un registre similaire le lyrisme décadent de
Ran ou l'ampleur des
7 Samourais,se pose comme un morceau de bravoure (au propre et au figuré),autant technique et logistique que visuel .
C'est splendide,excessif, ultra-stylisée,mélodramatique,surchargé mais splendide quand même .
Bémol,un final pas tout à fait nécessaire qu'on suit avec un ennui poli .(c'est un peu le syndrome LOTR ,difficile d'enchainer et de conclure après une bataille qui a mis les sens à rude épreuve)
En conclusion une fresque plus romantique qu'historique,habité d'un réel soin esthétique,émaillé d'empoignades fantastiques,et servi par des acteurs convaincants ,manquant certes sans doute de finesse et de caractère,mais un très bon film,à n'en pas douter .
