Cold Mountain…
l'odyssée de Jude .
De Minghella on peut se souvenir du (très)bon remake de Plein Soleil,déjà avec Jude Law .
Mais on se souvient surtout du Patient anglais,qui,depuis 1996,est au mélo,classieux,ce que Chris Waddle est au toucher de balle .
Du Patient anglais,Cold Mountain tire une évidente parenté,récit d'amour fou pris dans les vertiges de la guerre.
1860,Caroline du Nord,Jude rencontre Nicole,il l'aime parce qu'elle est trooooooop belle,elle l'aime parce qu'il est troooooop beau,rien de neuf sous le soleil .
La guerre éclate,les amants sont séparés ,
Pour toujours ?
Autant dire qu'on a du mal à y croire (et à s'émouvoir) à cette romance,spontanée, ethérée (en bois d'arbre ?),et on a encore plus de réticençes à se passionner de cette flamme entretenue par un,épistolaire,brasier …
En somme on glisse lentement dans une docile torpeur.
Une singulière et imposante bataille (en fait une boucherie dans un trou boueux) sonne le glas de cet interet feint .
Car Minghella a choisi une bien étrange voie à son récit et cette fureur guerrière n'est qu'un scintillant préambule.
En l'emportant vers Homère et son épique univers,il s'applique avec un style certain à imaginer (plus que retranscrire)un monde (une fin de monde),transcendé,irradié d'un surréalisme plus poétique que vraiment fantastique .
L'odyssée de Jude peut commençer .
Il traversera étendues enneigées,marécages verdatres,rivières caillouteuses,fôrets exsangues,perçera une mer de nénuphars,serpentera dans un infini champs de maïs.
Esthétique soignée,désarmante en fait .
Sa quête à lui (certains pourraient penser avec pas mal d'hardiesse et un sacré esprit tordu que la toison d'or de Jason métaphore ici subtilement la toison,d'or, de la belle Nicole,que le beau Jude pourra d'ailleurs toucher,au détour d'un plan d'anthologie,et …)le conduira vers des mystères et des périls à peine moins dantesques que ceux qui jonchaient le trajet d'Ulysse .
Une dimension humaine,qui n'a point besoin de cyclopes,centaures,cerbères pour être monstrueuse .
Les monstres ici sont des créatures que la faim,la guerre et le desespoir,ont rendu hideuses .
Tous entameront l'innocence immaculée de notre noble aventurier-déserteur .
Il trouvera ainsi sur son chemin de brûlantes sirènes,un aveugle,une guérisseuse,une veuve diaphane,un illuminé défroqué,etc …
Un bestiaire fascinant.
D'autant plus que Minghella a mobilisé un casting de second rôles ,magique

.Sutherland(calme),Brendan Gleeson(rieur),P.Seymour Hoffman(génial,comme de juste),Giovani Risibi(pâle !),Natalie Portman (sublime),Cillian Murphy etc ….
On en reste bouche bée .
Cette odysée éclipserait presque toute entière le reste,soit une évocation de l'apreté de l'existence des femmes dans une société dévastée ,et la traque des déserteurs par une Milice barbare ,si l'énergie de Renée Zellweger (accent à coupé au couteau,manières brutes,elle n'a jamais été moins insupportable !)ne venait pas fouetter le sang d'un N.Kidman un peu fade,qui faut le dire n' est pas très crédible (je sais c'est un peu le but)dans la partie de film,de vie, qui lui est dédié,et un rôle de fille de bonne famille coquette qui a tout perdu,et qui doit vivre sa Ferme à elle,…
Cette légère déception mise de côté ,on pardonnera même à Minghella d'en faire vraiment des tonnes sur la fin,tant il y a des choses magnifiques dans son métrage.
Et puis il y a Jude Law,Ulysse plus mort que vivant,une ombre qui court après une vie qui s'échappe(ça rappelle le sujet du premier film de Minghella,Truly,madly,deeply,que j'ai pas vu),dans un monde qui s'écroule.
Putain d'acteur .
Très beau film .