
Etats-unis,1973,une chronique sur l'un des plus célèbres braqueurs de banque des années 30 réalisée par John Milius (scénariste Apocalypse Now,réal Conan le barbare entre autres) avec Warren Oates, Michelle Phillips, Richard Dreyfuss , Ben Johnson, Harry Dean Stanton,Geoffrey Lewis....
J'ai jamais vu un film comme ça.
Du cinéma qui fauche les jambes à hauteur des genoux.
Et qui me conforte dans l'idée que les années 70 furent l'époque la plus grandiose de la production cinématographique....
Un cinéma libre,méchant,passionné et spectaculaire.
C'est bien simple,Milius expurge de son métrage tout ce qui n'est pas violence.
Auncune trame,aucune véritable approche narrative ou dramatique.
Juste une succession de scènes relativement indépendantes dans le temps,le ton et l'émotion,des morceaux choisis en quelque sortes,à savoir des épisodes clairement identifiés (nommés à l'avançe) revenant sur les heures prestigieuses du grand banditisme artisanal de la grande dépression,sa répression sanglante et son folklore.
Juste une accumulation transcendantale de fusillades,sièges,chasses à l'homme et exécutions sommaires.
En choisissant de s'attacher à l'ennemi public numéro 1 de l'époque ,John Dillinger (Oates) ,et à son affrontement titanesque avec le super-G Man obsessionnel Melvin Purvis (Ben Johnson,intimidant),Milius développe néanmoins une mise en abyme foudroyante de ces personnages,personnages au sens fort du terme,qui avant d'exister en chair et os ,vivaient sur le papier de mauvaise qualité des journaux,et surtout dans l'imaginaire collectif.
Des noms ,Dilinger,Baby face Nelson,Bonnie and clyde,immortalisés depuis lors ,qui comme les footballeurs-stars de notre temps manipulaient l'argent avec déraison,et étaient adulés par les enfants.
Milius s'intéresse donc à cette dualité,il opère sur les deux tableaux,et se fascine pour ce moment magique oû le héros redevient un homme,moment qui ne peut être que la mort.
De la chair et des os.
En plein soleil.
Son film est donc une sorte de bande-dessinée animée ,une chronique pétaradantes d'icones populaires.
D'ailleurs l'une des scènes les plus originale du film est un montage-photos,photos poseuses,en noir et blanc,pleines de costards,feutres,mitraillettes à chargeur rond et bagnoles d'époque.
Une BD qui aurait oublié de n'être ni grave,ni malsaine.
De la sorte que triste,carnassier et nostalgique ,il se situerait entre le desespoir buccolique et fièvreux de Bonnie and Clyde et l'efficaçité flamboyante des Incorruptibles ,sans avoir la grandeur d'ame d'un Il était une fois en Amérique....
Mais Dillinger est donc d'abord un exercice de violence.
Pour dépeindre les "exploits" de ces stakhanovistes du braquage et de la gachette,Millius déchaine les enfers ,et imprime dans la rétine une avalanches d'images et d'action:
un homme fauché par une rafale de balles dévalant un escalier en contre-plongée,une horde de citoyens se ruant lourdement armés de boutiques anodines estampillées NRA puis abattant comme un sanglier un mec dans la grande rue,une maison transformée en charpie ,un homme mort tirant soudain à la mitraillette,des barrages de police transformés en peloton d'exécution,des snipers délogés au pompe,un final virtuose et irrespirable à la De Palma,etc.........
Tout le film est orchestré par le son des détonations.
On nage en complète hallucination,pris dans un cataclysme,balladé comme une poupée de chiffon d'une rafale à l'autre....
Et on dit merci.

Alors on peut penser ce qu'on veut d'un film qui fait l'apologie de la violence et du sang mais la seule chose vraiment immorale serait de ne pas se l'acheter,sur Soon,pour le prix d'une pinte.....


