Pour promouvoir son dernier film, le studio Disney courtise les pasteurs américains et leur public très fidèle.
Chez Disney, Le Roi Lion s’est longtemps pris pour Dieu le père, mais il devra bientôt s’accommoder d’Aslan, le grand fauve messianique d’une nouvelle superproduction du même studio qui sera présentée le 21 décembre, deux semaines après sa sortie aux Etats-Unis, dans 900 salles françaises : Les Chroniques deNarnia : le lion, la Sorcière blanche et l’armoire. La première adaptation à l’écran de l’oeuvre de Clive Staples Lewis, vendue à plus de 80 millions d’exemplaires depuis les années 1950, se veut non seulement un jeu vidéo en vente dès le 24 novembre, mais surtout un hybride de Harry Potter et du Seigneur des anneaux.
Cette saga initiatique grouillante de minotaures et de castors bavards met en scène un groupe d’enfants expédiés loin des bombardements de Londres, dans un manoir on ils découvrent, au fond d’une armoire, l’entrée du royaume enchanté de Narnia, régi par le Bien et le Mal, par le bon Aslan et la perfide Sorcière blanche. L’épopée conjugue aussi, entre les effets spéciaux et les charges de cyclopes guerriers, assez d’allégories morales et mystiques pour rendre sa vertu au royaume de Mickey. Et lui ouvrir un marché.
Dans le livre, comme à l’écran, Aslan se sacrifie, à la manière du Christ, pour sauver un chenapan, symbole du péché ordinaire, condamné à mort pour traîtrise. Le martyre du lion plonge Narnia
dans des ténèbres glaciaires, qui ne s’éclaircissent qu’à sa résurrection. Un scénario en forme de profession de foi : Disney, assailli par la concurrence, malmené, comme tous les majors de Hollywood, par la chute des entrées, fait des églises américaines l’une des principales cibles de sa campagne commerciale.
Douglas Gresham, descendant et légataire de C. S. Lewis, a ainsi commencé le 11 octobre sa tournée de promotion de 140 églises américaines par un speech et une projection d’extraits de Narnia devant plusieurs centaines de pasteurs réunis à la Bible Church de Wheaton, dans l’Illinois. A ses côtés, les représentants de Motive, une firme de marketing religieux engagée par Disney, proposaient un site Web contenant, en version téléchargeable, tout le matériel, affiches comprises, nécessaire à la pub du film dans leurs églises et à l’édification des âmes: des brochures, disponibles sur Internet, leur expliquent comment utiliser les paraboles du film dans leurs sermons et dans les débats des Sunday schools bibliques. Plus prosaïquement, le matériel leur donne la marche à suivre pour réserver des cinémas entiers à l’intention de leurs ouailles et distribuer des billets gratuits aux membres assez persuasifs pour ramener des brebis égarées non seulement aux projections, mais à l’office « spécial Narnia » du dimanche suivant… RickWarren, pasteur de la Saddleback Church du comté d’Orange, la plus grande église des Etats-Unis, a déjà acheté 20 000 tickets pour deux séances exclusives réservées à ses fidèles et à leurs invités dans les deux jours précédant la sortie officielle du film.
Cette parfaite mobilisation rappelle, bien sûr, la frénétique campagne de promotion de La Passion du Christ, en 2004. Son réalisateur, Mel Gibson, aidé autant par des mois de polémique que par son Passion Tour de 15 megachurches évangéliques américaines, s’était ainsi assuré, avant même la sortie du film, plus de 180 millions de dollars de rentrées en moins d’une semaine d’exploitation.
La Passion était un film à part, un acte de foi difficile, reconnaît A. Larry Ross, un promoteur religieux de Dallas employé par Mel Gibson en 2004. Mais les 310 millions de recettes ont suffi à révéler à Hollywood qu’un marché immense était négligé: 86 % des Américains croient en Dieu. Et s’ils sont tous différents, s’ils apprécient toutes sortes de spectacles ils recherchent de plus en plus des films qui les questionnent spirituellement. Des films tous publics, tel Narnia, qui pourrait bientôt devenir le must du nouveau circuit de distribution des églises.
(source L'express)